Déclaration de la Gauche anticapitaliste, courant unitaire pour l'écosocialisme

Ce que propose la Gauche anticapitaliste

  1. 1.      Les crises du capital dévastent le monde 

1.1-    Une crise, des crises : misère, racisme, menaces sur la civilisation humaine.

Le capitalisme mondialisé domine la planète et démontre son incapacité totale à offrir un avenir à la grande majorité de l’humanité, privée de la satisfaction de ses besoins sociaux élémentaires.

La nouvelle phase de la crise structurelle du capital le conduit de surcroît à reprendre l’offensive partout dans le monde contre les droits et acquis populaires.

La domination impérialiste de quelques États et la domination économique des multinationales s’enchevêtrent. Des conflits armés ensanglantent presque tous les continents. Les activités criminelles   – trafics d’êtres humains, de drogue ou encore évasion fiscale – recyclent des sommes colossales dans le système financier capitaliste par la porte dorée des paradis fiscaux.

Les droits démocratiques et libertés publiques sont limités y compris en Europe.

Les formes les plus brutales d’exploitation, salariée, domestique, et sexuelle se maintiennent voire se développent à l’encontre des femmes même si, ponctuellement, leur situation a pu s’améliorer du fait de l’accès massif au salariat.

Nombreux sont celles et ceux qui sont contraint-es à l’exil pour fuir la misère des zones rurales et se retrouvent confronté-es à une misère plus grande, à la surexploitation des grandes métropoles ou des pays dominants. Le développement des préjugés xénophobes face aux migrant-es est puissamment alimenté par des discours racistes et des politiques discriminatoires généralisées.

La crise écologique, à la fois multidimensionnelle et globale, résulte directement de la dynamique destructrice du capital déchaîné.

 Ses effets sociaux et économiques se font déjà directement sentir sur une grande partie de la planète, contribuant à approfondir le désastre humain engendré par la crise propre du capitalisme. Les classes dominantes se montrent incapables de prendre les mesures qui permettraient d’enrayer le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’acidification des océans, l’érosion des sols, ou encore la pollution chimique généralisée.

C’est à une crise de civilisation que nous sommes confronté-es. 

Certains pays rencontrent même une conjonction catastrophique de ces différentes tendances : implosion de l’État laissant le pouvoir à des bandes armées, guerres civiles, dictatures, menaces fascistes.

1.2-    En Europe, les classes dirigeantes veulent en finir avec les acquis populaires 

Les conquêtes sociales et démocratiques issues des luttes du mouvement ouvrier restent importantes et constituent pour les classes dominantes un obstacle à la restauration de leurs taux de profit dans un monde en plein remaniement, marqué notamment par l’émergence de nouvelles puissances capitalistes au Moyen Orient, en Asie et en Amérique Latine.

L’enjeu immédiat est de faire payer la phase actuelle de la crise économique ouverte en 2008 à la population dans le cadre d’une vaste attaque concertée contre les droits des travailleurs selon des modèles similaires à toute l’Europe.

 Les bourgeoisies européennes utilisent les institutions de l’Union Européenne dans cette œuvre de destruction méthodique des acquis économiques, sociaux et démocratiques.

La troïka BCE/FMI/Commission européenne impose dans toute l’Europe une austérité d’airain semant la misère avec l’appui de tous les gouvernements qu’ils soient de droite, sociaux libéraux ou autoritaires. La Grèce a été la première touchée et subit un véritable démantèlement mais les orientations imposées en Italie, en Espagne ou au Portugal sont identiques.

Partout il s’agit de remettre en cause le droit du licenciement, la hiérarchie des normes basée sur le principe de faveur, les protections offertes par le contrat à durée indéterminée. 

La France est à bien des égards un lieu emblématique de ce combat entre classes. Ces dernières décennies la bourgeoisie a infligé une accumulation de défaites partielles aux classes populaires sans pour autant parvenir à imposer une défaite majeure et durable. Cela demeure son objectif.

1.3-           La crise renforce les oppressions.

Les politiques de droite des gouvernements dans le cadre de la crise ont considérablement renforcé les inégalités et les discriminations et exacerbé la concurrence au sein même des couches populaires.

  • Ø Les femmes en Europe et la crise.

Déjà victimes des inégalités professionnelles notamment sur le plan des salaires, les femmes ont vu leur situation s’aggraver considérablement.

Le chômage a touché de plein fouet les emplois les moins stables et les moins qualifiés, souvent réservés aux femmes. Le développement du temps partiel imposé et des emplois précaires a plongé des centaines de milliers de femmes dans la pauvreté.

Le secteur public, également fortement féminisé, a été victime de milliers de réductions de postes imposés par les plans de rigueur européens : enseignement, aide à la personne, secteur médical et secteur social, etc.

La remise en cause généralisée des services publics, dont les femmes bénéficiaient en premier lieu dans le cadre de la division sexuelle du travail, les a aussi touchées plus durement. Les femmes ont en effet généralement la charge des enfants, mais aussi des aînés et des malades. Elles assument beaucoup plus souvent que les hommes ces tâches seules, la plupart des familles monoparentales étant féminines. Les difficultés grandissantes de prise en charge expliquent l’actuelle baisse du taux d’emploi des femmes. Or, un emploi à temps complet est le premier rempart contre la pauvreté.

Les discriminations salariales et les plus grandes difficultés pour accéder à des carrières valorisantes se reproduisent tout au long de leur carrière. En conséquence, les femmes touchent des pensions de retraite plus faibles que celles des hommes. Les réformes ayant imposé l’allongement de la durée de cotisation et repoussé l’âge légal de départ en retraite aggravent particulièrement la situation des femmes. Ainsi, la pauvreté touche de plus en plus de femmes retraitées.

En France, nombreuses sont les associations de lutte pour les droits des femmes qui ont été victimes de la réduction ou de la suppression des subventions publiques.

Le droit à l’IVG est de fait remis en cause par les mesures d’économies dans le secteur hospitalier.

La crise aggrave également les violences subies par les femmes au travail, à la maison, dans la rue.

  • Ø La crise et la montée des racismes.

Les effets directs de la crise s’ajoutent aux discriminations racistes pour une partie de la population. L’existence d’un racisme systémique contribue en effet à maintenir certaines couches de la population dans un sous-statut social, caractérisé par la discrimination systématique : Français-es ou Immigré-es, avec ou sans-papier, elles et ils résident dans des quartiers ghettoïsés, se retrouvent le plus souvent exclu-es de toute réussite scolaire et ne peuvent espérer que les emplois les plus précaires, les plus pénibles, les moins qualifiés, les moins payés.

Aux phénomènes discriminatoires à l’œuvre vient s’ajouter un discours politique officiel teinté de racisme qui tente systématiquement de désigner ces populations comme responsables de la crise pour en faire des boucs émissaires et détourner la colère du reste de la population loin des vrais responsables.

Une partie de la gauche est, hélas, tentée d’utiliser les mêmes ficelles, donnant ainsi des gages à un FN toujours plus en embuscade, qui n’hésite pas à employer un discours anti-système contribuant à brouiller les cartes auprès de salarié-es aux abois, tout en désignant les étranger-es à la vindicte. Les sans-papiers sont considéré-es comme des parasites, les immigré-es avec papiers sont suspecté-es de menacer l’équilibre social et économique de ce pays, les musulman-es sont diabolisé-es, les Roms sont victimes d’un harcèlement systématique de l’Etat et de véritables rafles...

La crise aggrave la situation de ces catégories de la population davantage touchées par le chômage et la précarité. Plus généralement, de reculs en batailles perdues (retraites en 2010, remise en cause des droits syndicaux, casse des services publics...), la bourgeoisie a marqué des points dans son entreprise d’atomisation du salariat et notamment, réussissant à mettre en concurrence, par le développement du racisme et des inégalités, les prolétaires entre eux et à faire reculer la conscience de classe parmi les populations les plus jeunes et les plus précarisées.

  • Ø Dans les quartiers populaires, les résistances en difficulté

Les quartiers populaires, souvent situés à la périphérie des villes, concentrent toutes les difficultés sociales. Le chômage, la précarité et la pauvreté y sont endémiques. Il y a très peu de services publics, l’habitat est dégradé et les transports largement insuffisants. Ces quartiers sont quasiment abandonnés après l’échec de décennies de soi-disant politiques spécifiques. Ce sont ces populations renvoyées hors du champ des politiques publiques qui sont ensuite accusées de « communautarisme ». Dans ces conditions, et de plus en plus, la seule issue apparaît comme l’économie parallèle, enfonçant encore plus les populations dans un statut qu’on a laissé prospérer quand on ne l’a pas créé pour acheter une paix précaire. Inévitablement ces situations produisent une stigmatisation supplémentaire et une justification idéologique de plus au déchaînement des politiques sécuritaires, avec le harcèlement policier, la prison, les peines planchers et la stigmatisation renforcée. Ces formes de ghettoïsation ne trouvent bien souvent leur exutoire que dans le renforcement des individualismes, le recours à la délinquance, le développement de la violence.

Les conséquences de la généralisation de la précarité et de l’atomisation du prolétariat dans le rapport au travail, à la notion de métier et de savoir-faire, de collectif salarial modifient en profondeur les modalités de recours à l’engagement syndical traditionnel. La crédibilité de revendications collectives s’en trouve atteinte et les moyens de « s’en sortir » individuellement valorisés.

Cependant, des résistances se développent pour peu qu’elles soient ancrées localement, voire sur un « territoire ». Le lieu de vie devient alors le lieu de mobilisations mais aussi de mouvements identitaires ou communautaires. Lorsqu’elles rencontrent des débouchés politiques, ces mobilisations peuvent être rattrapées par les logiques clientélistes et le jeu des subventions publiques qui monnayent la paix sociale.

Notre tâche est de donner les moyens que naisse et se structure, dans les différents mouvements à l’œuvre, un courant social et politique, antilibéral et anticapitaliste, laïque et émancipateur, qui organise la résistance des quartiers populaires en explicitant clairement ses objectifs convergents avec le mouvement ouvrier.

  1. 2.    Les résistances orphelines d’une alternative de société 

2.1-    De nouvelles résistances mondiales et leurs limites. 

L’offensive capitaliste rencontre d’importantes résistances qui connaissent elles-mêmes des limites illustrées par le cours des révolutions arabes et des expériences actuelles sur le continent latino-américain.

La trajectoire du mouvement altermondialiste témoigne de la volonté de nombreuses fractions des mouvements sociaux de se coordonner et d’élaborer une plate-forme et des méthodes de luttes communes. La difficulté d’impliquer les grandes organisations syndicales et de déclencher des luttes d’ampleur à l’échelle internationale demeure cependant un obstacle non surmonté.

En Europe, malgré les résistances sociales, écologiques et politiques, le rouleau compresseur continue d’avancer : le mouvement syndical, le mouvement écologiste ou encore les forces de la gauche radicale peinent à organiser la résistance dans les cadres nationaux face à une bourgeoisie coalisée malgré ses divisions ; aucune coordination à l’échelle européenne n’a vu le jour.

Dans ce contexte de crise, le risque existe de voir se développer des tendances au repli nationaliste et des fractures entre les victimes de discriminations racistes et les autres y compris dans le monde du travail.

Ces évolutions inquiétantes rendent encore plus difficiles la convergence des luttes au niveau européen et risquent d’empêcher durablement l’unité des catégories populaires face aux classes dominantes.

 

2.2-    Un monde syndical en crise. 

La crise de la représentation syndicale est le produit de l’offensive tout azimut du capitalisme pour mettre à bas, dans toute l’Europe, les acquis engrangés durant les décennies de l’après-guerre. Le développement d’un chômage de masse, d’une précarisation généralisée du salariat – dirigée tout particulièrement contre les femmes et les jeunes – l’affaiblissement des grands bastions ouvriers de l’industrie mais aussi celui des fortes concentrations dans les services publics, souvent privatisés, tout cela a largement contribué à saper les bases même de l’action collective, et partant de là les possibilités de promouvoir un syndicalisme combatif qui marque des points face au patronat.

À tout cela s’ajoutent les orientations politiques de la plupart des directions des organisations syndicales, où les logiques d’adaptation sont dominantes dans la plupart des pays d’Europe. Le mouvement de 1995 en France avait promu un syndicalisme combatif qui s’est élargi et renforcé durant deux décennies. L’échec des mobilisations massives de 2003 puis de 2010 contre la réforme des retraites accentue cependant la crise du syndicalisme. Les grandes confédérations ont eu, au début, des difficultés à se situer par rapport à un gouvernement de gauche qui n’est revenu sur aucune des mesures antisociales prises par Sarkozy (et notamment pas sur la réforme des retraites ou la privatisation de La poste, pour ne prendre que deux exemples emblématiques de ces reculs). La systématisation de l’orientation social-libérale de Hollande, sur fond de régression et d’austérité européenne, avec une montée en flèche du chômage, des fermetures d’usine, des licenciements massifs, des menaces sur le droit du travail, a créé d’importantes différenciations entre les confédérations.

Concernant le chômage, la précarité, l’organisation du travail, les négociations avec le patronat représentent toutes des reculs du droit du travail entraînant des aggravations de l’intensification du travail déjà enregistrée depuis des décennies.

Le syndicalisme demeure un des lieux essentiels d’organisation de la résistance du monde du travail. Construire un syndicalisme de masse, lutte de classe, unitaire et démocratique, reste une tâche centrale.

2.3  L’absence d’alternative politique 

Dans la difficulté populaire à reprendre la main pèse le poids mort, terriblement lourd, des espoirs déçus et massacrés par la double faillite de la social-démocratie et du bureaucratisme stalinien, dont les répercussions négatives sur l’idéal communiste sont durables.

S’il demeure indispensable d’affirmer clairement la rupture avec l’expérience de l’URSS et de ses satellites, il n’en demeure pas moins que toutes les forces de la gauche radicale, même celles ayant combattu le stalinisme, continuent de pâtir de cet échec.

L’horizon reste plombé.

La réhabilitation d’un projet de société socialiste alternatif, écologique et démocratique, un défi important pour notre mouvement. 

  1. 3.      Pour une alternative écosocialiste. 

3.1-    L’ancien projet socialiste doit donc être reconstruit. 

Les mouvements d’émancipation traversent une période difficile. L’histoire des luttes populaires n’est pas, pour autant, une simple succession de défaites. L’histoire est longue et le monde est vaste. Face aux attaques répétées, des résistances existent et existeront. Notre rôle dans la période est de les construire, de les regrouper, de les analyser, de leur donner une cohérence et un débouché politique. Il faut se garder de toute lecture fataliste ou linéaire : de nouvelles formes de subversion, de lutte, avec la force qui s’en dégage, surgiront et nous devons y être attentifs afin d’y jouer un rôle actif. 

Le meilleur programme du monde ne sera rien sans luttes et expériences fondatrices. Mais ces dernières ne surgissent pas du néant : elles mûrissent et s’épanouissent au travers de la multitude des débats et combats qui peu à peu dessinent le possible. Nous ne partons pas de rien, mais cependant nous sommes loin d’avoir toutes les réponses. Il s’agit tout d’abord de montrer que nous sommes capables de répondre aux grands enjeux auxquels l’humanité est confrontée face à la multitude des crises qui l’accablent. C’est la possibilité même d’une alternative socialiste au système capitaliste qu’il s’agit de reconstruire. Les luttes ont besoin d’un horizon politique qui aujourd’hui a reculé à une échelle de masse, notamment en Europe.

L’ancien projet socialiste doit donc être remanié pour être à la hauteur des questions posées, particulièrement par l’échec des économies administrées et bureaucratisées, mais aussi par celles que la crise écologique globale a fait surgir et dont les conséquences menacent la possibilité même de construction d’une autre société, libre et fraternelle, à l’échelle planétaire.

Cet objectif implique un remaniement profond des anciens cadres de pensée et d’organisation, dont le creuset ne peut être contourné ou évacué. Cela demande aussi d’être attentif et disponible aux nouvelles formes de contestation et d’organisation qui peuvent émerger. L’intégration des dimensions sociales, écologiques et démocratiques dans un même projet de lutte des classes émancipateur trouvant des déclinaisons concrètes en est la condition.

C’est à ce défi, parmi d’autres, qu’entend répondre la perspective écosocialiste.

3.2-    L’appropriation sociale 

Le mode capitaliste de production repose à la fois sur la destruction de la planète, sur l’exploitation des êtres humains, sur la concurrence généralisée entre individus, peuples et nations, comme sur la dépossession et l’aliénation. Il faut briser les logiques d’un système entièrement mû par la mise en valeur du capital à n’importe quel prix. Cela suppose de déposséder la minorité des moyens de production et d’échanges qu’elle détient par l’appropriation publique et sociale de ces derniers par l’ensemble de la population. Cela nécessite de planifier la production et les étapes de la reconfiguration de celle-ci, le marché n’étant plus utilisé que comme un instrument second et subordonné. 

Les grands moyens de production et d’échange doivent être socialisés. Cela concerne avant tout les secteurs relevant de biens communs, au premier rang desquels la santé, l’éducation, les transports, l’énergie, l’habitat. La socialisation doit impérativement être distinguée de l’étatisation en ce que le pouvoir de décision doit être effectivement dans les mains des populations. A côté de la propriété d’État (voire d’échelon européen), d’autres niveaux de propriété publique y correspondent aussi : régional ou local. De plus des régimes de propriété autogérée devront être généralisés en lien avec ces secteurs, et enfin une propriété individuelle être reconnue dans le reste des situations. Dans tous les cas, des procédures réglementaires et fiscales devront être élaborées pour garantir que le marché ne prenne jamais le dessus sur la maîtrise sociale globale, planifiée dans ses grands axes.

3.3-    Pour une perspectiveécosocialiste

Aucune solution aux problèmes colossaux de l’humanité ne saurait résider dans une simple collectivisation des forces productives façonnées par et pour le capitalisme, insoutenables socialement et écologiquement. Les multinationales doivent être brisées. Les productions énergétiques, industrielles, agricoles doivent être complètement réorganisées, et une large relocalisation des activités engagée, impliquant une réduction des échanges de marchandises et la conquête de la souveraineté alimentaire sur tous les continents. Le socialisme ne peut s’épanouir dans le travail à la chaîne et la contamination chimique généralisée. Pas plus qu’il ne peut s’alimenter à l’énergie nucléaire et fossile ou détruire les sols, liquider la biodiversité et continuer à supprimer le travail paysan. Il n’est pas davantage compatible avec l’obsolescence programmée d’un grand nombre de biens de consommation et la dilapidation des ressources et du travail humain. La satisfaction écologique des besoins sociaux doit guider l’organisation de l’économie, conduisant à un autre mode de développement en rupture avec le productivisme comme avec le consumérisme, consubstantiels au capitalisme. La poursuite de la croissance ne saurait donc constituer un objectif économique, certaines productions devant être supprimées, d’autres drastiquement réduites, d’autres encore très fortement accrues ou créées de toutes pièces, afin de garantir l’effectivité des droits fondamentaux pour toutes et tous. L’écosocialisme ne peut se concevoir dans un cadre qui laisserait indemnes les structures étatiques actuelles, armatures du développement capitaliste et de sa domination politique.

3.4-    Unifier le social et l’écologie

Pour avancer vers cette perspective, il est essentiel d’articuler revendications sociales et écologiques.

En France, le mouvement écologique s’est largement construit en extériorité, voire en hostilité, au mouvement ouvrier traditionnel, dominé par une vision productiviste. Il est indispensable de surmonter la césure engendrée par cette histoire. D’une part la crise écologique induit des effets sociaux de plus en plus importants y compris dans les pays du Nord, ce qui va contribuer à prendre la mesure de la gravité de la situation ; ensuite, il devient de plus en plus difficile de refuser de prendre en compte les données écologiques dans la formulation de solutions économiques et sociales ; enfin, les solutions basées sur la prise en compte des contraintes écologiques offrent des réponses potentielles aux questions sociales brûlantes de l’emploi, des conditions de travail et de la santé.

Nous devons construire un corps de revendications articulant dimension sociale et écologique qui soit largement partagé par le mouvement syndical, le mouvement écologique et la gauche non productiviste. Notre objectif est d’œuvrer au dépassement de l’opposition apparente entre défense de l’emploi et exigence écologique. Pour cela doit être clairement énoncée la perspective d’une transformation écologique et sociale des grands secteurs de la production et des transports impliquant une reconversion de toute une série d’activités, mais aussi la création d’activités nouvelles créatrices d’emplois et écologiquement soutenables. Cette perspective doit clairement s’appuyer sur la défense des droits des salarié-es et de leurs emplois, ainsi que sur la revendication d’une baisse générale du temps de travail. La transition écologique suppose la mise en place d’un dispositif garantissant aux travailleurs/euses leur rémunération dans le cadre d’un processus de reclassement des collectifs de travail, sans que les contrats de travail ne soient rompus, donc sans licenciement. Ce dispositif devant prendre place au sein de la sécurité sociale doit être financé exclusivement sur les cotisations patronales et contrôlé par les organisations syndicales. Il constitue par ailleurs une réponse aux suppressions d’emploi massives dans les entreprises et secteurs en réelle difficulté économique. La transition écologique suppose en tout état de cause l’appropriation publique et sociale des secteurs déterminants pour sa réussite, à commencer par l’énergie et l’eau.

Refuser de laisser aux capitalistes le choix de ce qui est produit et donc de ce qui est consommé constitue un autre enjeu essentiel dont le mouvement syndical doit s’emparer en étendant sa réflexion et son action aux choix de production : que produit-on, comment, où et pour qui ? Son incapacité actuelle à le faire le rend souvent prisonnier des soubresauts de la conjoncture et le prive de l’alliance qu’il pourrait constituer avec le mouvement écologiste en se plaçant dans une perspective de reconversion des activités nuisibles ou inutiles.

En même temps, les méthodes de production capitalistes portent atteinte à la santé des travailleurs/euses et des paysan-nes, trop souvent usé-es et tué-es à la tâche prématurément. La défense du droit à la santé est donc porteuse d’une exigence de transformation radicale de l’organisation du travail et des modalités de production, au carrefour des revendications sociales et écologiques. Il s’agit aussi de donner un sens à l’acte de travail et de production, dans un système associant producteurs et usagers, et où l’utilité sociale et écologique des biens et services fait l’objet d’une définition et d’une reconnaissance collectives.

Il en est de même de la question agricole : le passage à une agriculture paysanne écologique conduirait à la création de centaines de milliers d’emplois dans le pays, tout en offrant une alternative aux dégâts écologiques de l’agrobusiness. Cela suppose un bouleversement des politiques agricoles conduites en France et en Europe ces dernières décennies ainsi que de nouveaux rapports entre lieux de production et de consommation des denrées agricoles, dans une perspective de souveraineté alimentaire et de relations de solidarité internationale respectueuses des droits des peuples à l’autonomie et au développement écologique et social.

La pêche doit également être profondément transformée à la fois pour préserver l’emploi, un grand nombre de petites exploitations risquant de disparaître dans les années qui viennent, et les ressources, de nombreuses espèces de poissons étant aujourd’hui menacées par les pratiques de surpêche.

  1. 4.      Vers une extension sans précédent de la démocratie écosocialiste.

Combiner la libération sociale et le respect des contraintes écologiques ne sera possible qu’en changeant de fond en comble les structures politiques, économiques et sociales, par une extension totale de la démocratie, conçue comme moyen et comme but. Notre conception de la démocratie devra combiner, selon des modalités difficilement prévisibles, autogestion généralisée des unités de travail et des institutions politiques locales, mise en place d’assemblées régionales et nationales garantissant le droit effectif des citoyen-nes à participer à la prise des décisions les concernant par l’élection de leurs représentant-es, et le recours à la consultation directe décisoire chaque fois que nécessaire.

Cette participation citoyenne sera rendue possible par la garantie effective des droits civils, politiques, sociaux et environnementaux, et la réduction radicale du temps de travail. Elle supposera une avancée décisive vers l’égalité des revenus et des patrimoines entre individus.

Un nouveau Droit sera défini, permettant d’assurer la séparation des pouvoirs publics, par ailleurs radicalement remodelés.

Une nouvelle Constitution devra être édictée, un nouveau droit défini, permettant d’assurer la séparation des pouvoirs publics, par ailleurs radicalement remodelés, et visant à l’extinction de toutes les oppressions et discriminations, de genre, d’orientation et d’identité sexuelle, de « race » et de générations .

  1. 5.      Vers une société sans oppression.

Nous mettons en effet au cœur de notre réflexion la nécessaire articulation des luttes contre les oppressions. Le prolétariat, c’est-à-dire celles et ceux qui ne possèdent que leur force de travail, est constitué de groupes divers. Qu’il existe au sein du prolétariat un facteur commun ancré dans les rapports de production capitalistes n’efface pas la diversité des situations concrètes de ses membres.

Certaines divisions sont bien plus anciennes que le capitalisme lui-même et lui survivront probablement. C’est le cas des divisions sociales liées au genre, que le capitalisme a intégrées et instrumentalisées à ses propres fins. L’oppression des femmes est une donnée commune à toutes les sphères de la société. Elle traverse toutes les classes sociales, sous des formes diverses. Elle s’imbrique aux autres types de domination : l’exploitation de classe, le racisme, ou la violence contre les individus qui ne correspondent pas aux normes hétérosexistes. 

Les rapports de domination racistes viennent redoubler et accentuer les rapports d’exploitation. Le capitalisme instrumentalise et alimente les préjugés racistes pour diviser et exploiter les catégories populaires. Il s’oppose à la réalisation des potentialités de chacune et chacun. De ce fait la lutte contre le rapport d’exploitation n’épuise pas le combat contre les oppressions à combattre pas plus qu’il ne les résume.

Basé sur un autre mode de production et de consommation, une autre organisation politique et sociale, une extension sans précédent de la démocratie à toutes les sphères de la vie sociale, la lutte pour que le libre développement de chacune et chacun soit la condition du libre développement de toutes et tous, la réduction radicale des inégalités, la remise en cause radicale des oppressions et discriminations, l’éradication des normes et canons imposés par la publicité et l’injonction de consommer, le projet écosocialiste affirme l’urgente nécessité d’un bouleversement du mode de vie, d’un changement de civilisation.

  1. 6.      La rupture avec l’ordre existant est incontournable.

La réorganisation indispensable de la société est sans conteste une œuvre de longue haleine, mais elle ne pourra s’amorcer sans une rupture avec l’ordre existant. Les formes et les temporalités de cette rupture restent largement ouvertes, ses modalités concrètes imprévisibles compte tenu de la diversité des facteurs en jeu. Mais une chose est sûre : tout commencement de changement sérieux se heurtera à la coalition déterminée, puissante, riche et armée des classes dominantes, menacées de perdre leur pouvoir et leurs privilèges. Seul un bloc populaire majoritaire innervé par une ou des forces politiques capables de faire preuve de détermination et porteuses d’un projet de rupture pourra leur faire échec. Une seconde chose est sûre : si, à l’heure actuelle, il semble probable que le changement social radical s’amorcera dans un cadre national, il ne fait aucun doute que l’avenir d’une telle expérience dépendra de l’extension relativement rapide à d’autres pays, puis à un ensemble continental – tel que l’Europe – et à un terme plus ou moins long au niveau mondial. Il ne pourra pas plus y avoir d’îlot écosocialiste qu’il n’y a eu de socialisme dans un seul pays. 

Comment construire ce bloc populaire majoritaire susceptible de défier l’ordre dominant ? Quelle stratégie politique édifier pour y parvenir ? Telles sont les questions que doit se poser la gauche radicale. Telle doit être la perspective dans laquelle elle doit se situer. Probablement les réponses sont-elles en partie différentes d’un continent à l’autre. En Europe, elles impliquent de concevoir une alternative politique à la fois dans un cadre national et dans le cadre continental pour faire pièce de manière internationaliste à l’Union européenne. Les politiques bourgeoises sont portées à la fois par les partis conservateurs et les partis sociaux-libéraux. Ces deux types de forces ne peuvent être contestés par une tactique identique tant que leurs bases populaires diffèreront profondément. Le ralliement de la social-démocratie au social-libéralisme met en demeure les autres forces de gauche fidèles aux opprimé-es de construire une alternative.

  1. 7.      Rassembler, construire  le Front de Gauche et lutter.

7.1-  Rassembler les forces antilibérales et anticapitalistes 

La domination des forces social-libérales à gauche constitue un obstacle majeur à tout changement dans les rapports de forces politiques. Unifier les forces de gauche hostiles au social-libéralisme, et garantir l’indépendance de cette union par rapport au parti social-libéral, constitue une tâche incontournable.

Remplir cet objectif suppose de combiner alliances et confrontations dans une perspective unitaire entre forces politiques concernées. L’exemple de Syriza en Grèce doit nous inspirer, comme d’autres exemples européens.

Cette orientation doit se situer au cœur de la stratégie politique des forces de la gauche radicale ou révolutionnaire. Les grands points du programme alternatif à l’orientation social-libérale peuvent être aujourd’hui repris par un éventail large des forces de gauche antilibérales et anticapitalistes. Ces points, bien que souvent insuffisants pour constituer une alternative achevée, et en dépit des problèmes qui demeurent, n’en constituent pas moins une délimitation suffisante et limpide vis-à-vis des sociaux-libéraux.

Les aspirations à l’unité des forces antilibérales et anticapitalistes autour de cette perspective se conjuguent avec la recherche d’une telle référence politique, constitutive d’un rapport de force suffisant pour ouvrir un horizon crédible aux luttes et aux résistances, que la division mine inexorablement. Desserrer le jeu politique permettrait d’ouvrir le champ des possibles.

Cette unité est un point d’appui décisif pour approfondir la rupture entre les forces antilibérales et le social-libéralisme, dans un contexte où les tergiversations ne sont plus de mise et où les partis socialistes au pouvoir sont à l’avant-garde des attaques contre les acquis sociaux et démocratiques.

En Europe existent des regroupements qui prennent des formes diverses, ils sont fragiles et soumis à des contradictions fortes. Leur avenir dépend de leur capacité à dépasser les dites contradictions, en particulier pour les forces historiquement liées aux partis social-libéraux. Il s’agit pour ces forces de rompre ces cadres d’alliance si elles ne veulent pas sombrer corps et bien, emportées par la radicalisation droitière de la social-démocratie.

7.2-  Construire et transformer le Front de Gauche

La constitution du Front de Gauche en France s’inscrit dans une telle perspective.

Depuis sa création, le Front de Gauche a su polariser des équipes militantes significatives et réussi à capter un électorat à gauche du parti socialiste. Il a ainsi construit une alliance politique ayant un réel rapport de force face au social-libéralisme. Le refus du Front de Gauche d’aller au gouvernement comme de lui voter la confiance, d’entériner le TSCG ou encore de soutenir le budget d’austérité montre la dynamique à gauche de ce regroupement politique. L’avenir du Front de Gauche dépendra de plusieurs facteurs :

  • de la capacité du PCF à confirmer le choix de la construction d’une force antilibérale indépendante en dépit du coût que pourra représenter pour lui la rupture de certains liens avec le Parti socialiste, notamment au niveau municipal.
  • de la capacité des forces constitutives du Front de gauche à ouvrir ce dernier, de la base au sommet, à de nouvelles et nouveaux venu-es qui ne souhaitent pas forcément adhérer à l’une de ses composantes
  • enfin de la capacité des forces anticapitalistes dispersées existant au sein du Front de Gauche à se regrouper sur une orientation écosocialiste, agir de concert, et élaborer une perspective politique crédible pour le Front de gauche. Ce pôle jouera son rôle s’il mène le débat et contribue à clarifier positivement un certain nombre de questions, telles que : la compréhension du caractère de classe de l’État et du rôle essentiellement réactionnaire de son appareil de répression, la dénonciation de la dimension impérialiste et coloniale du capitalisme français, le désarmement nucléaire et la réduction radicale du budget militaire, la nécessité de sortir du nucléaire civil, l’impasse des réponses protectionnistes à la crise économique actuelle, l’impératif de la démocratie interne pour le fonctionnement d’une force politique de gauche.

7.3-  Les modalités de la transformation sociale

Le débat doit également porter sur la question clé des modalités de la transformation sociale : aucun changement profond ne saurait résulter d’une simple victoire électorale. La stratégie du Front de Gauche ne saurait donc être basée uniquement sur celle-ci. Le facteur déterminant sera en effet la mobilisation et l’auto-organisation populaires. Même en cas de victoire électorale, sans lutte de classe active venant faire échec au pouvoir et aux manigances du grand capital et de ses commis étatiques, rien ne sera possible. 

Notre projet vise à articuler le gain de positions électorales à un mouvement social qui monte en puissance. Les élus du Front de Gauche sont là pour défendre de manière intransigeante les intérêts de la majorité de la population. Ils sont là pour décrypter tous les projets de lois et directives néfastes aux yeux du plus grand nombre. Ils sont là pour proposer les lois et directives qui font écho aux luttes et aux aspirations populaires et qui pour l’essentiel sont contenues dans le plan d’urgence que nous popularisons. Les élus du Front de Gauche doivent travailler en étroite collaboration avec les mouvements sociaux, en toute transparence, sans cumul de mandat et sans revenu supérieur à un salaire moyen.

Pour résumer, la stratégie de transformation révolutionnaire de la société suppose de notre point de vue tout à la fois : 

  • d’installer des majorités d’idées en s’appuyant sur une démarche transitoire : populariser un contre-projet de société, l’écosocialisme.
  • de chercher à transformer les rapports de forces sociaux et les consciences par les mobilisations de terrain, la mise en avant d’autres logiques de vie et de travail dans/contre ce système, de développer les mobilisations de rue, les occupations, la généralisation des grèves et des formes d’auto-organisation ;
  • de chercher à progresser sur le terrain électoral et à prendre des positions dans les institutions élues – même si les modes de scrutin représentent un handicap sérieux– ; ces positions doivent servir d’appui et de relais aux mobilisations. 
  • de poser sans relâche en positif la question du pouvoir par l’exigence de la constitution d’un gouvernement qui engage une politique de transformation favorable à la majorité de la population et sous son contrôle, imposant les ruptures nécessaires pour la réalisation d’une nouvelle société. 

7.4-  Pour développer la mobilisation sociale, construire un front social et politique 

La mise en place du Front de Gauche, son homogénéisation et sa clarification politiques ne peuvent suffire. Il faut que la lutte des classes, économique, sociale, politique, reprenne avec vigueur. Il faut que le mouvement social et syndical relève le gant.

Le recul des mobilisations sociales ces dernières années est patent. L’offensive de la bourgeoisie relayée par tous les gouvernements et souvent justifiée jusque dans les rangs de certaines directions syndicales pèse, tout comme les limites de l’alternative politique et surtout les échecs répétés. Il faut cependant enregistrer positivement plusieurs événements récents : les mobilisations radicales de mouvements tels que les Indignés dans plusieurs pays, les grandes grèves et manifestations dans les pays les plus durement touchés par les politiques d’austérité, y compris la première grève européenne de masse du 14 novembre 2012, les mobilisations écologistes, féministes ou pour l’égalité des droits. 

Si le Front de Gauche parvient à être une force politique solide et importante, militante et implantée dans les entreprises, les quartiers, les campagnes, s’il parvient à détenir des positions institutionnelles nombreuses dans les collectivités locales et au Parlement, conquises sur une ligne indépendante du social-libéralisme, cela sera un puissant encouragement à la lutte. Cette transformation est d’autant plus nécessaire qu’une course de vitesse est engagée avec l’extrême droite.

Pour nous, le Front de Gauche doit être envisagé comme :

-            Une force qui œuvre à la réorientation globale du mouvement social et écologique sur une ligne de transformation sociale radicale.

-            Une force résolument antiraciste.

-            Une force résolument féministe.

-            Une force antifasciste, cherchant à développer une résistance et une mobilisation unitaire contre l’extrême-droite en France comme en Europe. 

-            Une force qui cherche à construire un front social et politique, dans le respect strict de l’indépendance syndicale et de l’autonomie du mouvement social, afin de regrouper sur toutes les questions essentielles la plus grande diversité de forces sur une plate-forme porteuse d’alternative réelle à l’ordre existant.

-            Une force qui cherche à développer chacun des mouvements sociaux contre les oppressions et les discriminations, et œuvre à construire leur alliance et convergence sans aucune subordination ou minoration de l’un d’eux.

-            Une force qui combat l’ensemble des oppressions, sans jamais subordonner l’une à l’autre, et en prêtant attention aux conséquences concrètes de ses positionnements.

-            Une force qui développe les structures et organisations favorisant le travail et l’élaboration communs entre militant-es politiques, syndicaux/ales, associatifs/ves, chercheurs/euses, expert-es, citoyen-nes engagé-es.  

-            Une force qui agit résolument en faveur de l’unité la plus large dans la lutte autour des objectifs définis en commun.

-            Une force qui est la propagatrice la plus résolue de l’unification de l’ensemble des travailleurs/euses et opprimé-es au travers des luttes, ce qui suppose de faire de la bataille contre les discriminations et oppressions une question centrale et non annexe.

-            Une force qui, tout en construisant la convergence des luttes, défend l’auto-organisation des opprimé-es.

7.5-  Démultiplier les expérimentations alternatives, les lier au combat de transformation          sociale

Enfin, le Front de Gauche doit être une force politique qui commence à construire l’alternative ici et maintenant, et œuvre à donner du pouvoir et des moyens d’organisation aux travailleurs/euses et aux citoyen-nes.

Il doit par conséquent soutenir et aider les expériences d’auto-organisation et d’autogestion, même s’il sait que celles-ci sont menacées de récupération et ne peuvent à elles seules suffire à enclencher la transformation sociale. Il doit chercher à les favoriser en particulier lorsqu’il détient le pouvoir municipal. Face à l’approfondissement de la crise et de la destruction des services publics, il doit chercher la mise en place de structures et d’organisations permettant de subvenir à certains besoins populaires. Il doit chercher à développer les liens entre formes alternatives de production alimentaire, à commencer par l’agriculture biologique paysanne, mais aussi les formes alternatives d’occupation de l’espace et de l’habitat. Ces liens ne doivent pas se limiter à des poches rurales ou périurbaines en situation favorable, ils doivent trouver une traduction sociale et populaire dans les quartiers touchés par les phénomènes de relégation. Au niveau municipal, le Front de gauche doit être le défenseur et le constructeur de services publics sous le contrôle des usagers, et défendre leur gratuité. Dans les municipalités qu’il contrôle, il doit développer les municipalisations des services abandonnés aujourd’hui au secteur privé, à commencer par l’eau, la restauration scolaire, le ramassage des déchets et le nettoyage des voies publiques.

Tels sont les axes programmatiques et stratégiques que la GA compte porter dans le FdG, dans ses différents Fronts thématiques et dans les regroupements en son sein, mais aussi que la GA souhaite mettre en débat comme contribution à un nouveau projet émancipateur.

Nous annexons à ce document une liste de revendications qui ne constituent pas en tant que telles un plan d’urgence mais participent de son élaboration. Il s’agit donc d’un document de travail, non abouti.

Un programme d'urgence à la gauche du possible, base de la transition vers l'écosocialisme

Ce programme est constitué des principales mesures qui partent des besoins et aspirations de l'heure. Elles sont autant d'objectifs pour les luttes écologistes, féministes, antiracistes, démocratiques et sociales. Mises bout à bout, elles tracent les contours d'une politique crédible de rupture avec l'austérité et le capitalisme prétendument vert, une politique pour un gouvernement 100 % à gauche, un gouvernement de transformation sociale et écologique :

  1. Refus des politiques d'austérité, refus du paiement des intérêts de la dette, moratoire et audit de la dette dans l'objectif d'annuler la dette illégitime.
  2. Mise sous contrôle public du secteur bancaire, des assurances et du crédit. Prise de contrôle de la BCE pour qu'elle puisse assurer le financement direct des États à taux zéro. Retour sous contrôle public des services essentiels : l’éducation, l’eau, la santé, l’énergie, les transports...
  3. Refus du « pacte budgétaire européen », pour un référendum. Sortie des traités européens imposant des politiques économiques de libre-échange et d'austérité budgétaire. Élections à la proportionnelle d'une nouvelle Assemblée constituante européenne démocratique. Réforme fiscale radicale dans le sens de la justice sociale et harmonisation des droits sociaux à l'échelle de toute l'Europe.
  4. Blocage des prix des produits de consommation courante. Retour à l’indexation des salaires sur les prix comme base minimum de négociation. Smic à 1 700 euros. Hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux à hauteur de 300 euros net mensuels. Établissement d'un revenu maximum. Établissement d'une dotation gratuite en eau, en énergie, à chaque unité d'habitation et forte taxation des surconsommations. Fixation d'un prix du loyer maximum au m². Établissement d’un droit à l’autonomie pour les jeunes, sous la forme d’une allocation.
  5. Réduction du temps hebdomadaire de travail sans perte de salaire. Plan d'embauches massives dans les services publics. Interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits ou qui délocalisent. Arrêt des subventions publiques aux grands groupes privés.
  6. Abrogation de toutes les franchises et forfaits, interdiction des dépassements d’honoraires pour la médecine libérale, suspension immédiate de tous les projets de restructurations hospitalières, augmentation du budget de la sécurité sociale, abrogation des exonérations et exemptions  de cotisations sociales accordées au patronat
  7. Égalité totale entre les hommes et les femmes au travail et dans la société. Maintien et extension du droit à l'avortement et à la contraception libres et gratuits pour toutes. Défense de l'égalité totale des droits (mariage, parentalité, séjour...) entre homosexuel-les et hétérosexuel-les et du droit au changement d'état civil pour les transexuel-les.
  8. Refus de toutes les formes de racisme. Égalité des droits entre citoyen-nes français-es et résident-es étranger-es avec notamment le droit de vote et d'éligibilité à toutes les élections. Régularisation des sans-papiers
  9. Abrogation des réformes successives sur les retraites. Retrait de la TVA sociale.
  10. Sortie du nucléaire et des énergies fossiles pour organiser la transition énergétique. Politique de rénovation urbaine pour favoriser l'habitat à basse consommation énergétique. Politique de développement massif des transports publics de proximité gratuits.
  11. Au niveau municipal, le Front de gauche doit être le défenseur et le constructeur de services publics sous le contrôle des usagers. Dans les municipalités qu’il contrôle, il doit développer mises en régies et municipalisations des services abandonnés au aujourd’hui au secteur privé, à commencer par l’eau, la restauration scolaire, le ramassage des déchets et le nettoyage des voies publiques.
  12. Abrogation des institutions antidémocratiques de la Ve République. Constituante pour une nouvelle République. Instauration de la proportionnelle.
  13. Réduction drastique du budget militaire. Abandon de l'arme nucléaire française. Fermeture des bases militaires hors de l'hexagone. Sortie de l'OTAN.

Adoptée lors de la réunion nationale de la Gauche anticapitaliste, le 10 février 2013.